Un jour m'apparut la solitude

 

La solitude

- Bonjour, dit la solitude.

- Bonjour, répondis-je poliment en me retournant.

 Je ne vis rien.

- Je suis là, dit la voix, derrière le grain de sable.

- Qui es-tu ? Tu es bien jolie...

- Je suis la solitude.

- Viens jouer avec moi, lui proposais-je. Je suis tellement triste...

- Je ne puis pas jouer avec toi. Je ne suis pas apprivoisée.

- Ah! Pardon, dis-je. Mais, après réflexion, j’ajoutais : · Qu'est-ce que signifie " apprivoiser " ?

· Tu n'es pas d'ici, dit la solitude, que cherches-tu?

· Je cherche de l’humanité. Qu'est ce que signifie " apprivoiser " ?

- L’humanité, dit le renard, elle a des fusils et aime faire la guerre. C'est bien gênant! Elle entasse des avoirs. C'est son seul intérêt. Tu cherches des avoirs?

- Non, dis-je. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie " apprivoiser " ?

- C'est une chose trop oubliée, dit la solitude. Ça signifie " créer des liens... "

- Créer des liens ?

- Bien sûr, dit la solitude. Tu n'es encore pour moi,  qu'une personne  semblable à cent mille personnes. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'une solitude semblable à cent mille solitudes. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'une de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...

- Je commence à comprendre, dis-je. J'ai un ami... je crois qu'il m'a apprivoisée...

- C'est possible, dit la solitude. On voit sur la Terre toutes sortes de choses...

- Oh! Ce n'est pas sur la Terre.

La solitude parut très intriguée :

- Sur une autre planète ?

- Oui.

- Il y a des guerriers, sur cette planète-là ?

- Non.

- Ça, c'est intéressant! Et des avoirs ?

- Non.

- C’est parfait, soupira la solitude.

- Ce n’est pas Parfait, c’est Rêve.

Mais la solitude revint à son idée :

- Ma vie est monotone. Je cherche des bienheureux,  et les hommes me chassent.  Tous les hommes se ressemblent et me fuient. Ils ont peur de moi. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde! Tu vois, là-bas, ces grandes étendues de sable blondes comme les blés? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisée ! Les dunes de sable qui sont  dorées comme les blés me feront souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le sable doré comme les blés...

La solitude se tut et me regarda longtemps 

 - S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-elle.

- Je veux bien mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit la solitude. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu aimes  l’amitié, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire ?

- Il faut être très patient, répondit la solitude. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

Le lendemain je revins.

· Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit la solitude. Si tu viens, par exemple, entre chien et loup, dès la fin d’après midi je commencerai d'être heureuse. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureuse. À quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le coeur... Il faut des rituels

- Qu'est-ce qu'un rituel ?

- C'est aussi quelque chose de trop oublié, dit la solitude. C'est ce qui fait qu'un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Les rituels nous font apprécier les heures qu’on croyait difficiles.

C’est ainsi que j’ai doucement apprivoisé la solitude.

- Quand tu vas partir voir tes amis, je vais être triste dit la solitude.

- Tu vas pleurer!  

· Peut-être, dit la solitude.

· Alors, tu n'y gagnes rien !

· J'y gagne, dit la solitude à cause de la couleur du blé. Puis elle ajouta : - Va revoir tes amis. Tu comprendras que celui  que tu as soigné et à qui tu as tenu compagnie est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret.

Je m’en fus revoir ceux que je croyais être  amis.

- Vous n'êtes pas du tout semblables à Mon ami, vous n'êtes rien encore. Personne ne vous a apprivoisés et vous n'avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était ma solitude. Maintenant  que j'en ai fait mon amie, elle est unique au monde.

Mes faux amis furent gênés.

Et je revins vers Ma solitude

- Adieu...

- Au revoir, dit la solitude. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

-  Je répétais : l'essentiel est invisible pour les yeux, afin de m’en souvenir.

- C'est le temps que tu as perdu pour me comprendre qui fait que tu m’aimes

- C'est le temps que j'ai perdu pour te comprendre qui fait que je t’aime,   je vais m’en souvenir.

- Les hommes ont oublié cette vérité, dit la solitude. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu seras responsable de ta solitude.

- Je suis responsable de ma solitude...  je le répétais afin de  toujours m’en souvenir.

 

PS: Je me suis fortement inspirée du Petit Prince de Saint Exupéry pour vous parler de la solitude qui pourrait être notre alliée, notre amie si tout au long de notre vie nous savions l'apprivoiser.

 

 jamadrou © année 2016    (A fleur de peau)

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Commentaires (1)

Aloysia
En effet, c'est une belle interprétation aussi de cette page merveilleuse.

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